Triboulet investit en moyens humains et en matériel
Benoît et Nathalie Triboulet conduisent l’exploitation forestière du même nom dans le Vaucluse. Soprobois, une société de transport acquise en 2019, apporte une nouvelle dimension à leurs activités. 1 million d’euros a été investi en matériel en 2022, le couple parie sur la formation et l’emploi des jeunes.
La réussite peut faire tourner la tête. Mais quand on a commencé dans le métier comme bûcheron le matin et livreur de bois de chauffage l’après-midi, on sait forcément d’où l’on vient. « J’ai débuté en 7997 sur les pentes du Ventoux en coupant 5 stères par jour de chêne vert et de hêtre que je livrais dans la foulée à mes clients avec un vieux Saviem SG2. » Aujourd’hui, Benoît Triboulet est à la tête de deux entités exploitant et transportant 60 000 m3 de bois par an en Poco et Occitanie.
Et, cela se voit, Il considère avec une certaine modestie le chemin parcouru depuis près d’un quart de siècle. L’homme sait que dans ce métier du bois, tout peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre. Et si d’aventure il advenait qu’il se laisse enivrer par le succès, nul doute que son épouse Nathalie l’aiderait à revenir gentiment sur terre. C’est d’ailleurs sur les pentes du Ventoux, au tournant du siècle, qu’il l’a rencontrée. La jeune femme achevait une maîtrise de lettres sur la toponymie des combes du géant provençal. « Je n’ai pas hésité à quitter le poste que j’occupais dans l’administration pour me lancer dans l’aventure de l’entreprise avec Benoît », sourit Nathalie Triboulet.
Depuis maintenant une vingtaine d’années, le couple dirige l’exploitation forestière Triboulet. Celle-ci a constamment évolué grâce à une politique dynamique et avisée d’investissements au service d’une stratégie bien pensée d’intégration poussée dans la chaîne de valeur. « Nous préférons maîtriser de A jusqu’à Z notre activité en évitant d’avoir recours à des intermédiaires. Notre politique est simple : acheter du bois en forêt, le sortir et le livrer nous-mêmes à l’utilisateur final», soulignent Benoît et Nathalie Triboulet.
De moins en moins de bois à acheter sur pied
D’abord un porteur Cemet fin des années 1990, puis un camion Renault R 365 à remorque, une première abatteuse Timberjack ensuite, suivie quelque temps après d’une abatteuse neuve Komatsu 901 TX et d’un porteur 855.2 du même constructeur … C’est ainsi que Triboulet gagne en puissance et se spécialise en décidant d’abandonner le bois de chauffage pour se consacrer exclusivement aux produits de trituration en résineux.
Aujourd’hui, avec une équipe de 6 salariés, l’exploitation forestière Triboulet mobilise 30 000 m3 de pins dans les massifs forestiers de Poco et d’Occitanie. Outre le bois d’industrie (70 % des quantités récoltées), le bois d’emballage (15 %) et les piquets et poteaux (15 %) complètent son catalogue. « Tous nos achats s’effectuent sur pied soit en bloc, soit à l’unité de produits », précise le couple. L’ONF en forêts publiques, les coopératives, les experts ou le particulier en forêts privées fournissent l’entreprise vauclusienne.
Toutefois, le métier d’exploitant forestier connaît de profondes mutations depuis quelques années, en particulier dans les modes de ventes de bois issus des forêts. « Nous éprouvons de plus en plus de difficultés à trouver du bois sur pied car les gestionnaires traditionnels que sont l’ONF et les coopératives travaillent de plus en plus en régie, en commercialisant les produits façonnés bord de route voir rendu usine », déplore le couple Triboulet qui considère que l’exploitation forestière doit rester leur coeur de métier.
L'avenir avec des jeunes
Alors, comment remédier à ces conditions de concurrence plus rude? « Nous avons décidé de créer un poste de commis de coupe que nous venons de pourvoir par l’embauche d’un jeune professionnel», confient Benoît et Nathalie Triboulet. Le but est d’optimiser les achats de bois en fournissant aux dirigeants les éléments nécessaires afin de faire des offres appropriées. La logistique des transports, la sécurité et la signalétique sur chantiers entrent également dans les missions confiées au nouveau commis de coupe.
Cette embauche s’inscrit dans la volonté des dirigeants de faire le pari de la jeunesse pour l’avenir de leur entreprise en transmettant leurs savoir-faire et leur passion du métier. « Nous venons de prendre en apprentissage le jeune Miguel Ramas Dos Santos, fils d’un des piliers de notre entreprise, que nous allons former à la conduite d’engins dans l’espoir qu’il devienne ensuite un employé de l’entreprise. » C’est le même dessein qui a procédé à l’accueil d’Achille
Triboulet. Après une formation bac pro forêt par apprentissage dans l’entreprise de ses parents, le jeune homme en est devenu un salarié à temps complet. « Je suis chauffeur polyvalent sur abatteuse, porteur et skidder. J’apprends un métier que j’ai toujours voulu faire car, tout petit, j’accompagnais mon père en forêt ou dans ses camions. »
1 million investi en 2022
Outre les ressources humaines, Triboulet a consenti de gros investissements en matériel sur 2022, soit 1 million d’euros au total. « Nous avons acheté à l’automne une abatteuse Ponsse Ergo d’occasion ainsi que le tout nouveau porteur Komatsu 855 7.3 monté en 8 roues. » Le couple ajoute qu’il vient d’acquérir deux camions neufs, un Scania et un Mercedes, destinés au transport de petits bois. Ces deux semi-remorques complètent la flotte de Soprobois, une société de transport que Triboulet s’est offert en 2019. « Cette opportunité de rachat nous permet de maÎtriser toute notre logistique, de diversiner notre clientèle et d’équilibrer nos revenus entre deux activités distinctes que sont l’exploitation et le transport des bois et cela, sans faire appel à des sous-traitants », concluent Benoît et Nathalie Triboulet.
Bois international janvier 2023
Article tiré du magasine Bois international janvier 2023.